Le contexte

 

Dans un article datant de 1989, Scott Pace, de la RAND Corporation, écrivait que le potentiel des nanotechnologies résiderait dans un éventail élargi d'options de réplique militaire à une agression :"Dans le cas d'un conflit nucléaire, un guidage précis par nano-ordinateur et des coûts de production de nanomachines faibles devraient accélérer la tendance actuelle à la prolifération des munitions intelligentes. 

 

Les Etats-Unis sont à la pointe de la R&D sur les nanotechnologies militaires.  En fait, l'armée américaine a commencé à s'y intéresser dans les années 80, avec un intérêt particulier pour la micro-électronique submicronique et les microscopes-sondes à balayage. 

 

En 1996, les nanotechnologies étaient reconnues comme un des six domaines de recherche stratégiques pour la défense.  De ce fait, entre 25 et 30 % des fonds affectés à la National Nanotechnology Initiative (NNI) depuis sa création en 2000 ont été alloués au ministère de la Défense

 

En avril 2000, dans un article célèbre publié dans la revue Wired, "Pourquoi l'avenir n'a pas besoin de nous", Bill Joy a lancé un plaidoyer en faveur de l'arrêt du développement des technologies du XXIe siècle, comme la génétique, les nanotechnologies et la robotique.

 

En 2001, le rapporteur avait abordé la question des nanotechnologies dans son rapport spécial sur Les technologies naissantes et leur impact sur le contrôle des armements et la non-prolifération, dans lequel il jugeait vivement souhaitable que les gouvernements et les organisations internationales concernées "accordent toute l'attention requise aux développements de la nanotechnologie et s'impliquent, aux côtés des scientifiques, dans le processus de développement".  Depuis quelques années, la question des nanotechnologies occupe une place prépondérante parmi les préoccupations et figure à l'ordre du jour des débats des parlements nationaux.

 

Un groupe de militants écologistes canadiens, le Groupe d'action sur l'Erosion, la Technologie et la Concentration (Groupe ETC), a repris à son compte les arguments avancés par Bill Joy.  En août 2002, il a appelé à un moratoire mondial sur la R&D et les nanomatériaux façonnés jusqu'à ce que soient adoptés des protocoles relatifs à la sécurité des manipulations.  Il a souligné l'insuffisance des données relatives aux effets négatifs potentiels et demandé des politiques réglementaires spécifiques.

 

En 2002, le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a créé l'Institute for Soldier Nanotechnology (ISN), avec une dotation de l'armée américaine de 50 millions de dollars sur cinq ans.  Ce centre de recherche a pour objectif de renforcer la protection et accroître la survie du fantassin en utilisant les nanotechnologies pour confectionner une tenue de combat à l'épreuve des balles.  Les ingénieurs de l'armée américaine espèrent ainsi alléger l'équipement de combat du soldat.  Ces systèmes pourraient aussi vérifier l'état de santé de celui qui le porte, améliorer sa résistance et sa vitesse de réaction, soulager voire guérir certaines blessures, améliorer les possibilités de communication et renforcer la protection du soldat contre les armes biologiques ou chimiques.

 

En 2003, le Congrès des Etats-Unis a voté la 21st Century Nanotechnology Research and Development Act promulguée par le Président Bush le 3 décembre de la même année.  Le projet de loi avait été déposé par Ron Wyden (D-OR) et George Allen (R-VA) au Sénat, et par le député Sherwood Boehlert (R-N.Y.) à la Chambre des représentants.  Son but essentiel était d'appuyer les efforts de l'Amérique pour rester le numéro un mondial incontesté des nanotechnologies.  Cette loi a eu pour effet d'institutionnaliser des programmes et des activités s'inscrivant dans le cadre de la National Nanotechnology Initiative.  Elle a affecté 3,7 milliards de dollars sur la période 2005-2008 à la création du National Nanotechnology Coordination Office et au financement de programmes fédéraux sur les nanotechnologies.  Elle a aussi instauré un programme de recherche destiné à identifier les problèmes éthiques, légaux, environnementaux et sociétaux associés aux nanotechnologies.  On retiendra que la version du projet déposée devant la Chambre des représentants demandait une étude de faisabilité sur la fabrication moléculaire qui devait notamment identifier "les obstacles scientifiques et techniques fondamentaux" et, si possible, donner un calendrier approximatif.  Or, le texte final de la loi parle, plus modestement, d'une étude de faisabilité de "l'auto-assemblage moléculaire". 

 

En juin 2004 a vu le jour un Congressional Nanotechnology Caucus composé de représentants des deux grands partis et des deux chambres, chargé de promouvoir les nanotechnologies et "d'éduquer les décideurs à propos de ce domaine naissant".  Les coprésidents de cette enceinte sont les sénateurs George Allen (président fondateur) et Ron Wyden, ainsi que les députés Sherwood Boehlert et Bart Gordon.

 

En 2004, la Commission des sciences et des technologies de la Chambre des communes britannique a préparé un rapport exhaustif sur les nanotechnologies intitulé "Trop peu et trop tard ? Les investissements publics dans les nanotechnologies".  Ce rapport conclut que le gouvernement britannique n'a pas su "conserver au Royaume-Uni sa position de pointe dans ce domaine".  Il affirme que "les investissements publics dans les nanotechnologies sont insuffisants" et "mal ciblés".  La commission exhorte l'exécutif à se donner une stratégie qui fera "du Royaume-Uni un acteur de premier plan de la nanotechnologie".  Dans sa réponse, le gouvernement britannique a reconnu le bien-fondé d'une partie des conclusions de la commission et réitéré son engagement pour le soutien aux programmes de nanotechnologies.

 

Le parlement allemand a lui aussi entamé un débat sur les nanotechnologies.  En 2004, la Commission de l'éducation, de la recherche et de l'évaluation des répercussions technologiques du Bundestag a publié une vaste étude sur les nanotechnologies réalisée par le Bureau d'évaluation des conséquences technologiques du Bundestag.  Un des chapitres de ce rapport traite des possibilités d'utilisation des nanotechnologies à des fins militaires. 

 

La communication de la Commission "Vers une stratégie européenne en faveur des nanotechnologies", publiée en 2004, souligne la nécessité d'un accroissement et d'une meilleure coordination du financement européen pour les nanotechnologies, mais aussi d'une évaluation de leurs possibles conséquences sur la société et l'environnement. 

 

En juin 2004, des experts des nanotechnologies de 25 pays étaient réunis à Arlington, en Virginie, afin d'instaurer un Dialogue international sur la R&D responsable des nanotechnologies.  Bien qu'ils n'aient pas mentionné explicitement les éventuelles implications militaires des nanotechnologies, les scientifiques présents à cette réunion ont convenu qu'il était possible de développer les nanotechnologies de manière responsable et qu'il n'y avait pas lieu d'imposer un moratoire.  Même le Groupe ETC, bien qu'il n'ait pas retiré sa demande de moratoire, a paru encouragé par l'attitude responsable des scientifiques et des pouvoirs publics.

 

En 2005, le ministère de la Défense de Etats-Unis  devrait recevoir 276 millions de dollars à ce titre, tandis que le département de la Sécurité intérieure recevra de son côté une enveloppe supplémentaire d'un million de dollars ce qui représente près de 28 % de l'ensemble du budget américain pour les nanotechnologies.  La R&D militaire américaine se concentre sur la mise au point de capteurs miniatures, sur les processeurs à grande vitesse, les véhicules de combat télépilotés, l'amélioration de la formation en réalité virtuelle et le développement des performances humaines.

 

L'Union européenne a inscrit à son budget 2004-2006 la somme de 65 millions d'euros pour le développement du potentiel industriel européen dans la recherche en matière de sécurité. 

 

(Source : nato-pa.int NATO Parlimentary Assembly)

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